Les pères oublient

Les pères oublientCrédit photo Giovani Blank

Dans un précédent article intitulé « Occupez-vous de vos enfants !», j’évoquais un événement au cours duquel j’ai soudainement réalisé que l’important pour mon fils de 7 ans n’était pas d’avoir plein de jouets merveilleux ou des piles de cadeaux à chaque Noel ou une superbe chambre décorée en style super-héros mais d’avoir un père qui passe du temps avec lui pour lui faire vivre des expériences.

Combien de pères (moi compris) sous-estiment complètement cette composante de l’éducation de leur enfant ? combien se disent que l’école remplit déjà ce rôle ? ou qu’il a ses frères et sœurs pour cela (ce qui n’est pas du tout la même chose) ? combien sont bloqués par le sentiment de régresser et de perdre leur temps ? combien se disent qu’ils n’ont pas le temps et qu’ils ont d’autre taches plus prioritaires à accomplir ?

Le problème de savoir prendre du temps pour s’abaisser au niveau de son enfant et le traiter comme tel est tellement ancien qu’il est à l’origine d’un très beau texte intitulé « Father Forgets » de W. Livingstone Larned. Ce texte a été écrit originalement aux USA en 1920 dans un éditorial de « People’s Home Journal » puis republié en 1936 dans le magazine américain « The Reader’s Digest». Il continue de rencontrer un tel écho jusqu’à nos jours qu’il est régulièrement réimprimé. Il existe même sous forme d’un petit film Youtube (en anglais).

Je vous invite à le lire, il se pourrait qu’il marque votre vie de parent comme ce fut mon cas. Bonne lecture! 

Crédit photo Marco

Crédit photo Marco

Les pères oublient

« Ecoute-moi, mon fils.  Tandis que je te parle, tu dors la joue dans ta menotte et tes boucles blondes collées sur ton front moite. Je me suis glissé seul dans ta chambre. Tout à l’heure, tandis que je lisais mon journal dans le bureau, j’ai été envahi par une vague de remords. Et en me sentant coupable, je suis venu à ton chevet. Et voilà à quoi je pensais mon fils : je me suis fâché contre toi aujourd’hui. Ce matin tandis que tu te préparais pour l’école, je t’ai grondé parce que tu te contentais de passer la serviette humide sur le bout de ton nez ; je t’ai réprimandé parce que tes chaussures n’étaient pas cirées ; j’ai crié quand tu as jeté tes jouets par terre.

Pendant le petit déjeuner, je t’ai encore rappelé à l’ordre : tu renversais le lait ; tu avalais les bouchées sans mastiquer ; tu mettais les coudes sur la table ; tu étalais trop de beurre sur ton pain. Et quand au moment de partir tu t’es retourné en agitant la main et tu m’as dit : « Au revoir, papa ! », je t’ai répondu en fronçant les sourcils : « Tiens-toi droit ! ». 

Le soir même chanson. En revenant de mon travail, je t’ai guetté sur la route. Tu jouais aux billes, à genoux dans la poussière, tu avais déchiré ton pantalon. Je t’ai humilié en face de tes camarades, en te faisant marcher devant moi jusqu’à la maison… « Les pantalons coûtent cher ; si tu devais les payer, tu serais sans doute plus soigneux ! ». Tu te rends compte, mon fils ? De la part d’un père ! Te souviens-tu ensuite ? Tu t’es glissé timidement, l’air malheureux, dans mon bureau, pendant que je travaillais. J’ai levé les yeux et je t’ai demandé avec impatience : « Qu’est-ce que tu veux ?». Tu n’as rien répondu, mais dans un élan irrésistible, tu as couru vers moi et tu t’es jeté à mon cou, en me serrant avec cette tendresse touchante que Dieu à fait fleurir en ton cœur et que ma froideur même ne pouvait flétrir…

Et puis tu t’es enfui, et j’ai entendu tes petits pieds courant dans l’escalier. Eh bien ! mon fils, c’est alors que le livre m’a glissé des mains et qu’une terrible crainte m’a saisi. Voilà ce qu’avait fait de moi la manie des critiques et des reproches : un père grondeur ! Je te punissais de n’être qu’un enfant. 

 Ce n’est pas que je manquais de tendresse, mais j’attendais trop de ta jeunesse ; je te mesurais à l’aune de mes propres années. Et pourtant, il y a tant d’amour et de générosité dans ton âme. Ton petit cœur est vaste comme l’aurore qui monte derrière les collines. Je n’en veux pour témoignage que ton élan spontané pour venir me souhaiter le bonsoir. Plus rien d’autre ne compte maintenant mon fils. Je suis venu à ton chevet, dans l’obscurité, et je me suis agenouillé là plein de honte. C’est une piètre réparation ; je sais que tu ne comprendrais pas toutes ces choses si tu pouvais les entendre. Mais demain, tu verras, je serai un vrai papa ; je deviendrai ton ami ; je rirai quand tu riras, je pleurerai quand tu pleureras.

Et si l’envie de te gronder me reprend, je me mordrai la langue, je ne cesserai de me répéter, comme une litanie : « Ce n’est qu’un garçon… un tout petit garçon ! ». J’ai eu tort, je t’ai traité comme un homme. Maintenant que je te contemple dans ton petit lit, las et abandonné, je vois bien que tu n’es qu’un bébé. Hier encore, tu étais dans les bras de ta mère, la tête sur ton épaule… J’ai trop exigé de toi… Beaucoup trop » – W. Livingstone Larned

Merci de m’avoir lu. Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à le partager largement! 

4 Comments on "Les pères oublient"

  1. Complètement d’accord.
    La qualité des moments partagés est bien plus importante pour eux que la quantité.
    Les enfants ne sont-ils pas aussi plus heureux lorsque les pères et où parents en général le sont aussi ?
    Merci pour ce bel article !

  2. Très intéressant, merci !

  3. Merci vraiment pour cet article et ce texte très émouvant. L’afficher dans les toilettes peut être un bon moyen de se le remémorer. Je vais l’afficher dans mes toilettes et quand je serai énervée contre les enfants, j’irai souffler au toilettes le temps de me calmer.
    Merci

  4. Maintenant je suis une Mamie, lorsque j’étais une jeune mère je savais que mon enfant n’était pas un homme en réduction mais un homme en devenir donc un enfant qui grandissait par étape et je tentais de ne rien exiger d’autre que ce qu’il était en mesure de comprendre. A ce jour j’ai la satisfaction d’avoir élevé 2 hommes intelligents et de belles qualités humaines, de plus leur papa a toujours été bienveillant à leur égard même s’il disposait de moins de temps avec eux que moi.

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