La cure médiatique

Cure médiatiqueCrédit photo PRODavid Goehring

« L’information n’est souvent qu’un empêchement à la vraie connaissance ». Cette citation de Louis Gauthier résume parfaitement l’objet de cet article. Grace à la télévision, la radio et maintenant internet, nous sommes soumis à un bombardement continu d’informations qui fait de nous des êtres sur-informés sur la marche du monde.

Au gré de l’humeur des « faiseurs d’opinion », nous sommes informés de tel fait divers scabreux à quelques kilomètres de chez nous (mais bizarrement, pas de tel autre pourtant similaire) et, l’instant d’après, de tel drame qui se déroule à l’autre bout du monde.

Le problème du biais de personnalisation

Etre informé est important car ça fait de nous des citoyens à part entière mais il faut prendre garde à un effet pervers lié à une distorsion cognitive appelée « biais de personnalisation ». Nous ressentons de la compassion pour telle victime d’un fait divers car nous nous mettons à sa place. Nous ressentons son effroi et sa douleur, nous sommes choqués par ce qu’elle a vécu et nous développons en retour un réflexe d’autoprotection. C’est parfaitement normal mais l’effet de ce fait divers se rapproche alors de l’impact qu’il aurait eu s’il avait frappé une connaissance proche, voisin ou parent. Hors ce n’est pas le cas. Ce fait se déroule peut-être à l’autre bout du pays et concerne 1 personne sur 60 millions et, pourtant, il génère un sentiment exagéré d’insécurité en regard de son impact réel sur notre vie.

Crédit photo Tif Pic

Crédit photo Tif Pic

Savez-vous pourquoi la Française des Jeux préfère verser une somme astronomique à une unique gagnant du Loto au lieu d’offrir des gains substantiels (et largement suffisants) à un plus grand nombre de gagnants ? : afin précisément de tirer parti de ce biais de personnalisation qui fait que les gens s’identifieront à cet unique gagnant « en chair et en os » et tenteront leur chance alors même que leur probabilité de gain est infinitésimale (1 chance sur 19.068.840 pour le Loto, 1 sur 116.531.800 pour l’Euromillions).

Le pessimiste, entre deux maux, choisit les deux” – Oscar Wilde

Il ne s’agit pas d’être naïf : les drames existent et certaines mesures de précaution sont indispensables pour limiter les risques et protéger votre famille. « Seuls les paranoïaques survivent » écrivait Andy Grove dans un livre célèbre publié en 1998. En cela, ces « impulsions » sont bénéfiques. Mais elles génèrent aussi, à la longue, une angoisse qui se mue en pessimisme (voire en catastrophisme) alors même que sur un plan historique, nos sociétés sont nettement moins violentes qu’elles ne l’étaient il y’a 150 ou 200 ans.

Il n’est pas surprenant de constater que des sociétés moins développées et bien plus pauvres que la nôtre sont souvent largement plus optimistes que nous qui bénéficions pourtant d’un réel confort de vie à l’échelle du monde. Une étude mondiale réalisée en 2015 révèle ainsi que les 3 pays les plus optimistes au monde sont le Nigéria, les Fidji et l’Inde tandis que le premier pays Européen (l’Ukraine !) pointe à la 17ème place et que la France ferme la marche avec l’Italie à la 64ème place.

Crédit photo Kevin McShane

Crédit photo Kevin McShane

Donnez de la valeur à votre temps

Veuillez donc à vous protéger et à économiser votre temps en mettant en place des mesures de cure médiatique : limitez le temps passé à regarder/écouter de l’information, ne vous jetez pas sur les chaines d’information continue à votre réveil, préférez la lecture des mensuels, qui offrent plus de recul, à celle des quotidiens, consacrez le temps que vous passez à vous informer à des sujets qui ont un réel intérêt pour vous.

Utilisez votre temps pour développer votre expertise dans les sujets qui vous intéressent. Si vous êtes passionnés de décoration intérieure, abonnez-vous à des mensuels et suivez les blogs consacrés à ce thème. Faites-en sorte que le temps que vous passez à vous informer vous apporte vraiment de la valeur.

Ça n’apportera rien, ni à vous ni à personne, d’apprendre qu’un tel s’est fait poignarder dans la rue à 200 km de chez vous ou que telle chanteuse sort de sa énième cure de désintoxication. Les vidéos de chatons trop mignons que vous visionnez en boucle sur votre page Facebook ne changeront pas votre vie d’un iota, non plus. Si vous voulez vraiment aider le monde, montez votre boite et embauchez du monde ou investissez-vous dans une association. Mais résistez absolument à la tentation du voyeurisme qui est une immense perte de temps.

Gardez également à l’esprit que, face à une information violente ou choquante, un enfant n’a souvent pas le recul ni l’auto-sécurisation suffisante pour la digérer et la mettre en perspective. Il vous en parlera rarement car il ne sait pas comment verbaliser son malaise mais il n’en sera pas moins réel. Apprenez donc aussi à protéger vos enfants.

1 Comment on "La cure médiatique"

  1. Bonjour,
    j’ai résolu le problème des médias via une approche un peu paradoxale.
    J’ai dans une premier temps stoppé tout les news (journaux gratuits, newletters, raccourci, …).

    Et dans un 2ème temps, je me suis mis à suivre d’autres médias.
    Des médias mMiaou (Média Indépendant, Alternatif Ou Utopiste) qui donne un prisme totalement différents à l’actualité et enlève le côté anxiogène!

    Après, a chacun de trouver sa technique! 😉

Leave a comment

Your email address will not be published.


*