S’expatrier dans les DOM-TOM : quelle île choisir ?

Dom-TomCrédit photo Nora'a

Il y’a 6 mois, je prenais la décision d’aller vivre à Tahiti avec ma famille. J’ai expliqué les raisons de ce choix dans un précédent article mais pas pourquoi j’avais choisi Tahiti et pas d’autres options à priori similaires comme la Nouvelle-Calédonie, les Antilles et à la Réunion. En fait, ces options ne sont pas similaires. Voilà pourquoi.

Des paradis pas si paradisiaques que ça

J’ai exclu rapidement les Antilles (Martinique, Guadeloupe, Guyane) qui ne m’attiraient pas trop : le racisme antiblanc y est assez prononcé (j’en connais qui vont se rouler par terre mais c’est une réalité) ce qui ne veut pas dire que c’est invivable mais il y règne un état d’esprit victimaire et revanchard qui ne s’améliore pas avec le temps. J’ai conscience que cette description manque de nuance mais il y’avait clairement d’autres options plus valables. La Guyane est un cas particulier : c’est une région bizarrement attachante mais avec une insécurité vraiment endémique. Certains expatriés s’y font, d’autres pas.

Mayotte est un cas vraiment particulier : c’est une société entièrement musulmane qui migre doucement vers les « standards » de la métropole depuis que ce territoire est devenu un département en 2011. Le fossé culturel est assez profond pour un européen mais le principal problème via de l’immigration comorienne que rien ne semble pouvoir juguler ce qui provoque de fortes tensions au sein de la population.

Si vous avez un choix d’expatriation à faire, la Réunion est un bon choix, assez surpeuplée, avec des problèmes de délinquance mais ça reste largement vivable. Le principal avantage sur la Polynésie Française est que vous y trouverez un standard de vie plus proche de celui de la métropole avec ce qu’il faut en grandes enseignes et en infrastructures. Les randonnées y sont, parait-il, fantastiques. Par contre, il n’y a pas de lagon donc oubliez les eaux turquoises ! (Correction : Karine me signale en commentaire qu’il existe en fait un morceau de lagon qui entoure la partie Sud-Ouest de l’île. Merci à elle.)

Randonnée à la Réunion

La Nouvelle-Calédonie est également un choix valable mais la vie y est très chère et la situation politique y est compliquée. Un référendum sur l’indépendance est programmé de longue date (depuis les accords de Nouméa de 1998) et repoussé année après année. Les mauvaises langues affirment que la partie indépendantiste kanak (FLNKS) attend d’être dans une position démographique favorable. Les loyalistes (favorables au maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France) sont pour l’instant majoritaires mais se déchirent stupidement depuis des années.

Pour y avoir vécu 3 ans étant plus jeune, j’ai gardé le souvenir d’une société assez ségrégée dans laquelle européens et kanaks vivent chacun dans leur coin. Mais la Nouvelle-Calédonie bénéficie des retombées économiques de ses mines de nickel qui représentent 10% de la production mondiale. L’économie y est donc assez dynamique, contrairement à la Polynésie Française, et trouver un emploi y sera donc plus facile. La Nouvelle-Calédonie est donc un choix valable pour s’expatrier mais la viabilité de ce choix n’est pas garantie à moyen-long terme.

Mines de nickel en Nouvelle-Calédonie

Il existe également d’autres options comme Wallis-et-Futuna ou Saint-Pierre-et-Miquelon qui sont très bien mais avec de très petites populations (5 à 6000 habitants). Il s’agit donc de destinations plutôt réservées à ceux qui aiment vivre dans des coins perdus.

Et Tahiti alors?!

L’ile de Tahiti fait partie d’un ensemble plus vaste appelé « Polynésie Française » qui comporte 118 iles réparties sur 5 millions de km2 au beau milieu de l’océan Pacifique. Sa population est d’environ 280.000 habitants se répartissant entre polynésiens (80%), européens (10%) et asiatiques (10%). En comparaison de la France et même de la Nouvelle-Calédonie ou de la Réunion, c’est une région assez pauvre (on estime qu’un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté) qui dépend beaucoup des transferts financiers de la métropole. En dehors de cela, les seules sources de revenu sont le tourisme et quelques micro-industries comme la perle noire et la vanille.

Carte de la Polynésie Française

On n’y manque de rien, il y’a même des supermarchés Carrefour, mais ici point de magasins H&M ou Zara, point de grands centres commerciaux, point de gratte-ciels rutilants. Si vous vous baladez dans le centre-ville de Papeete, la capitale, vous verrez beaucoup d’immeubles décrépis. Du côté de Faa’a, 2ème plus grande ville de Tahiti, vous tomberez sur des amas d’habitations qui font un peu penser aux bidonvilles sud-américaines (ce qui vaut d’ailleurs à la ville d’avoir été rebaptisée « Faavelas »).

Bidonville à Faa’a

Donc trouver un boulot salarié en Polynésie Française, c’est assez compliqué (et d’ailleurs j’ai pas mal galéré). Si c’est possible, il vaut mieux monter sa propre affaire car la concurrence n’est pas délirante et si vous êtes efficace, vous percerez assez rapidement. J’ai fait plusieurs sociétés qui étaient tellement mal organisées que je me demande encore comment elles arrivaient à faire des profits.

Alors pourquoi la Polynésie Française ?

Parce que c’est beau, vraiment beau, qu’il y’a du soleil et que c’est le seul endroit que je connaisse où les gens vous conduiront jusqu’à votre destination si vous leur demandez votre chemin, où les voitures laissent passer les piétons avec un grand sourire, où vous pouvez laisser votre enfant rentrer à pied de l’école sans craindre qu’il tombe sur un malade.

L’ambiance est sympa et il n’y a pas ces « incivilités » qui pourrissent la vie des gens en France (ce qui prouve d’ailleurs que délinquance et pauvreté ne sont pas forcément liées). La police et la justice ne sont pas débordées comme c’est le cas en France et du coup, elles sont nettement plus efficaces. Bref, on se sent en sécurité. Il y’a énormément de problèmes intra-familiaux, des histoires parfois dramatiques sur fond d’alcool, mais vous pouvez être une femme en short court et marcher la nuit dans la rue sans craindre grand-chose.

Marché de Papeete

Les différentes population, polynésienne, européenne et asiatiques se mélangent gentiment sans trop de friction. Vous trouverez peut-être quelqu’un qui vous expliquera que les uns n’aiment pas les autres et inversement mais en comparaison de ce qu’on peut vivre dans certains endroits de France, c’est le paradis. A Tahiti, on n’aime pas les conflits, on n’aime pas les gens qui parlent vite et fort, on n’aime pas les donneurs de leçons.

Sur un plan sociétal, la population polynésienne n’est pas « sécularisée » ce qui veut dire que les églises et les temples sont pleins le dimanche. Dans un pays où il n’y a pas d’assurance chômage, où le taux de pauvreté est élevé et où la vie est chère, les églises ont un rôle important dans l’organisation de la solidarité sociale. Comme souvent dans ce type de société, la notion de clan reste fermement ancrée et il faut montrer patte blanche pendant un bon moment avant d’être vraiment accepté. C’est un peu l’envers du décor. Le clientélisme et le népotisme font toujours partie des mœurs politiques locales même si les excès de l’ancien président Gaston Flosse semblent appartenir au passé.

Eglise Sacré Cœur d’Arue

Comme vous le voyez, la situation n’est ni blanche ni noire, il y’a des points forts et des points faibles et les avis divergent parfois du tout au tout entre ceux qui adorent ce pays et ceux qui sont contents de retourner en métropole. Dans cet article, une bloggeuse revient sur son expérience durant les 3 ans qu’elle a vécu à Tahiti ; elle fait en particulier le constat suivant : « Très loin de moi l’idée de dire que la Polynésie est saine mais elle a le mérite d’avoir de l’humanité ». On ne saurait mieux résumer.

Merci d’avoir lu cet article. Si vous l’avez aimé, n’hésitez pas à le liker ou à le partager.

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4 Comments on "S’expatrier dans les DOM-TOM : quelle île choisir ?"

  1. Bonjour Nicolas,
    Je lis vos article avec toujours beaucoup d’intérêt et plaisir.
    Je suis partie de Métropole pour vivre à l’Ile de la Réunion il y a quelques années et je ne le regrette pas du tout. Je voulais juste préciser qu’il y a ici un magnifique lagon qui s’étend de l’ouest de l’ile jusqu’au sud.
    Merci et bonne continuation.

    • Bonjour Karine, merci pour votre retour et pour l’information sur la lagon réunionnais que je ne connaissait pas. Amicalement Nicolas

  2. La Polynésie française vaut vraiment le coup d’être découverte. Les paysages sont magnifiques et les polynésiens vraiment attachants. Mais c’est vrai que tout n’est pas rose en particulier la grande pauvreté (qu’on ne voit pas au premier coup d’œil) et les violences intrafamiliales.
    Même si les voitures laissent passer les piétons, nos enfants ne rentrent pas à pied de l’école! Pas de trottoir et les automobilistes conduisent quand même un peu n’importe comment! Les routes sont dangereuses ici.

    • Bonjour oui effectivement il est assez dangereux de laisser les (jeunes) enfants se balader tous seuls dans les servitudes (les voies d’accès vers les habitation) qui ont rarement des trottoirs. Pour le reste, ayant vécu 5 ans en région parisienne, je relativise quand même pas mal sur la conduite à Tahiti (idem pour les « bouchons » d’ailleurs)!! 😉

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